Comme beaucoup d’entre vous, j’ai été émue par le parcours de Meggane, une élève de 23 ans qui voulait faire des études de lettres. Rien de très original me direz-vous. Eh bien précisément si, parce que Meggane a été diagnostiquée dyslexique en CM2 et que depuis cette date, elle a dû lutter pour réussir. Depuis cette date, pas une bataille qu’elle n’ait gagnée à force de travail acharné et de volonté. Elle a arraché chaque victoire envers et contre tout, envers et contre tous : ses camarades de classe et certains professeurs peu empathiques et mal formés face aux élèves dyslexiques ou dysorthographiques.

Se relever d’un parcours qui stigmatise

Une fois le diagnostic de dyslexique posé, Meggane bénéficie d’un parcours aménagé ce qui signifie concrètement que, lors des examens, elle a des devoirs un peu plus faciles que ceux des autres. Logique. Pas pour des enfants de 10 ans qui y voient le signe de la stupidité de la petite fille quand ce n’est pas la preuve qu’elle est la préférée de la maîtresse. Dans l’un ou l’autre cas, Meggane est stigmatisée et souffre en silence. Alors que ce parcours adapté était supposé l’aider, il devient son pire cauchemar. Elle est souvent seule dans la cour de récréation, incomprise et jugée.

Si bien qu’arrivée au collège, Meggane demande à sa mère de ne faire aucune démarche pour un traitement de faveur. Sa décision est ferme et définitive : elle préfère se battre contre les mots que contre les autres et choisit d’être plutôt en échec scolaire que différente des autres et mise à l’écart.

Se battre face à l’échec scolaire

Bien entendu, ce choix n’est pas sans conséquence sur ses résultats. Meggane se bat, travaille aussi dur que possible, compense au prix d’une grande énergie et d’une grande fatigue mais n’arrive pas toujours à combler son retard par rapport aux autres élèves. Elle collectionne alors les menaces de redoublement, elle est constamment mise en situation d’échec, elle qui n’est en réalité qu’une battante, une fille persévérante, pleine de courage.

Epuisée, au lycée, elle décide enfin de révéler sa dyslexie. Bien loin du soulagement attendu, elle se retrouve confrontée à un mur d’incompréhension, de jugement et d’hostilité de la part de certains professeurs. « Faire des études de lettres ? Vous n’y songez pas avec votre dyslexie. Trouvez un parcours adapté à votre handicap. » lui disent-ils en substance.

Se rabattre sur les méthodes qui marchent

Heureusement pour elle, dans ce parcours du combattant, elle a pu compter sur la compréhension et les conseils de certains professeurs bienveillants, sur le soutien sans faille de sa famille et sur un caractère et une volonté hors normes. De ce handicap, elle a fait une force qui l’a menée jour après jour à l’ultime victoire : être une étudiante en L3 lettres modernes mais surtout avoir trouvé sa voie, le journalisme, et ne pas l’avoir abandonnée à cause de ses difficultés en orthographe.

Son parcours rappelle étrangement celui d’une certaine Anne-Marie Gaignard qui cumulait les notes négatives en dictée et dont les professeurs avaient dit « qu’elle n’était même pas bonne à passer la serpillière. » Après avoir été entre la vie et la mort, elle aussi avait su se relever et se reconstruire au point de devenir la fée de l’orthographe, celle qui répare tous les enfants blessés par les mots. L’auteure de Hugo et les rois, édité par Le Robert, qui a mis au point une méthode pour vaincre les fautes d’orthographe et enfin reprendre confiance en soi et en ses écrits.

Deux exemples de parcours hors normes qui donnent foi mais qui interrogent. Pourquoi tant d’incompréhension ? Pourquoi détruire ces enfants au lieu de les épauler grâce à des méthodes adaptées et avec un corps enseignant formé ? La question reste ouverte pendant que les souffrances perdurent…

Pour aller plus loin, vous pouvez lire l'article du Monde